Les pleurs et colères, des caprices ?


Votre enfant devient intolérant à la frustration ? Il fait des crises pour des prétextes qui semblent disproportionnés ? Il est tout petit et il se met parfois à pleurer sans que vous puissiez l’en empêcher ou alors à grand renfort de promenade, distraction, tétine, tétée qui « tétouille » ? Ca pourrait bien vous intéresser.

La décharge émotionnelle est un sujet que j’aborde pratiquement tous les jours avec les parents, qui a tellement fait ses preuves, et qui reste pourtant méconnu. Essayons de remédier à cela en quelques mots (car le sujet est vaste!).

Les bébés comme les adultes ont besoin de décharger leurs émotions.A la différence des adultes, ils ont très peu de moyens pour le faire : trembler, bailler, rire ou pleurer.
Eux aussi, ils en ont souvent « gros sur le coeur ».Ils passent du giron maternel à tellement de stimulations, de nouveauté, de découvertes, d’émotions. Même quand tout se passe bien, il y a beaucoup à exprimer.
Et comme nous, ils peuvent réprimer leurs pleurs un temps, s’ils sentent qu’ils ne sont pas les bienvenus.
Ensuite, quand le stock est plein, il déborde et les parents se retrouvent démunis.
En réalité, ils ont juste besoin de pleurer dans les bras de leurs parents, d’être entendus, accompagnés, encouragés et compris dans ces pleurs qui leur permettent d’évacuer les tensions.

Il se passe exactement la même chose que pour nous, adultes : quand nous nous empêchons de pleurer, nous prenons sur nous, nous distrayons…et nous sentons la tension s’accumuler intérieurement. Nous sommes plus susceptibles, de moins bonne humeur et tout à coup un prétexte anodin nous fait fondre en larmes. Si nous nous autorisons un instant à pleurer tout notre saoul, nous retrouvons le calme et les idées claires : nous avons évacué nos tensions.
Dans ces larmes, on retrouve des hormones de stress. Lorsque l’on coupe un oignon, pas du tout. C’est donc un vrai mécanisme d’auto régulation des émotions qui nous permet d’évacuer nos tensions, de dépasser des évènements traumatiques.

En pratique, pour accompagner son bébé :
Bien vérifier en premier lieux que les pleurs ne viennent pas d’un inconfort physique : faim, soif, douleur, trop chaud, trop froid, besoin d’éliminer…
Si on a éliminé toutes ces options, on le prend dans nos bras (s’il veut, sinon on reste proche de lui) et on l’accompagne :
Il faut se sentir vraiment disponible, être nous mêmes serein et à l’écoute, et lui parler doucement « tu peux pleurer, je vois que tu as le coeur gros je comprends, je suis là, tu as le droit de sortir tes émotions, je suis là, je reste avec toi… » .
Les bébés se mettent alors à pleurer, souvent sous formes de vague (ça semble s’arrêter puis recommence) : ils vident leur stock.
Si on le fait régulièrement, le stock devient tout petit à chaque fois et ils pleurent beaucoup moins.
A l’inverse, si on leur offre un mécanisme de contrôle au lieu d’un lieu d’accueil pour leur décharge (stimulation, tétine, sein, biberon, bercement (le fameux « je l’endors dans la voiture, je roule une heure sinon il pleure, je fais les cent pas dans ma maison toute la journée, si je m’arrête il pleure..il prend mon sein pour une tétine je dois lui laisser en bouche toute la nuit sinon il pleure… ») le bébé va comprendre que ses émotions ne sont pas acceptables, et va lui même réclamer le mécanisme de contrôle pour s’empêcher de pleurer (« mes parents ne veulent pas que je pleure, j’ai besoin de pleurer, il faut que je trouve un moyen de me rendre acceptable car mon parent doit m’aimer pour que je survive » ça n’est pas conscient, mais c’est le mécanisme d’action).
Les symptômes d’un manque de décharge chez les enfants sont : des pleurs inexpliqués qui ne s’arrêtent qu’avec un mécanisme de contrôle qui fonctionne de moins en moins, les « bébés aux besoins intenses » au sein ou en promenade sans arrêt pour ne pas pleurer.
Ou chez les plus grands, des enfants hypertoniques, qui ne tiennent pas en place, ont du mal à se concentrer, se réveillent beaucoup la nuit et/ou ont du mal à s’endormir. Et surtout l’intolérance à la frustration : chaque détail du quotidien est un prétexte pour pleurer.

Tous, après un accompagnement régulier des décharges et souvent visibles dés la première « séance de décharge » sont manifestement plus détendus, plus tranquilles, plus joyeux et dorment mieux.

Quand les mécanismes de contrôle perdurent, ils donnent des adultes qui utiliseront des mécanismes leur rappelant celui de leur enfance : la cigarette à la place de la tétine, manger du chocolat pour se réconforter, rechercher la stimulation permanente avec la télé allumée, le portable…

Il reste énormément à dire sur le sujet, ce sera notamment l’objet d’une de mes prochaines conférences. Mais j’espère que ces quelques points vous auront permis de vous familiariser avec la décharge émotionnelle et éventuellement de vous en servir chez vous.

Une dernière note à propos des idées reçues sur la décharge émotionnelle :
-Il ne s’agit pas du tout de la même chose quand on laisse pleurer son enfant seul sans adulte, ou en ayant une attitude fermée, sans contact visuel bienveillant.
Pleurer seul ou sans relation d’empathie est destructeur pour le cerveau du petit et crée des dommages à long terme.
Pleurer avec un adulte de confiance qui nous comprend, nous témoigne son amour, sa présence, et nous autorise à exprimer nos émotions nous permet d’apprendre à les reconnaître et à les exprimer (petit par des pleurs, plus tard par des mots) plutôt que de les réprimer et de ne pas savoir pourquoi on se sent mal. (Ce qui arrive à beaucoup d’adultes avec une éducation qui réprime les pleurs).

-Les pleurs de décharge ne sont pas des pleurs « de fin de journée » : s’ils arrivent en fin de journée c’est que le stock est déjà plein et que le bébé n’en peut plus, qu’avec la fatigue il a plus de mal à réprimer ses pleurs mais il peut très bien avoir besoin de pleurer à divers moments de la journée quand même.

-« il pleure oh c’est parce qu’il est fatigué » : un bébé qui est fatigué dort. Un bébé qui pleure parce qu’il est fatigué et un bébé qui n’arrive plus à réprimer ses pleurs à cause de la fatigue, mais qui a besoin de vider « son stock » d’émotions.

-Les pleurs de décharge ne sont pas réservés aux bébés de moins de 4 mois : ils sont salvateurs même chez les adultes, il n’y a aucune raison d’arrêter.

Mise en garde : Il s’agit d’écouter sincèrement son enfant, dans l’accueil, ne pratiquez pas de séance de décharge si vous n’êtes pas sincèrement disponible pour ça (trouvez un autre moment, travaillez d’abord sur votre propre enfance : souvent quand on a du réprimer nos propres pleurs, il peut nous être insupportable d’entendre un bébé pleurer).
Vous pouvez lui dire « je vois que tu as besoin de pleurer, mais je ne suis pas disponible tout de suite, je trouverais un moment pour qu’on puisse faire ça correctement très bientôt » et assurez vous de le faire bien sûr.

Share this Post

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
*
*